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Trois gueules, trois auteurs majeurs ayant débutés dans le polar en Série Noire (SN). Je donne les indices et vous me sortez les noms. Pensez à Questions pour un Champion. Vous en êtes capable, je le sais ! Ce n'est même pas difficile... allé, TOP !

Auteur au passé trouble et poète méridional, je me fais connaitre par des écrits fiévreux, rate le Goncourt, publie une trilogie noire abyssimale et surréaliste puis signe quatre roman en SN avant de partir voir ailleurs si l'herbe est plus verte. Tout comme mon compère André Duquesne, j'accumule les pseudonymes et petits éditeurs, m'acoquinant même avec André Guerber qui piratera bon nombre de mes ouvrages. Pécuniairement intéressé mais amateur de curiosités et de sensationnel, je dresse une cartographie des mauvais lieux français avant de sobrement quitter la scène.

Chantre du milieu, de l'argot et du verlen ("Verlen avec un e comme envers et pas verlan avec un a comme ils l'écrivent tous. Je les vois à la télé maintenant, les snobinards, ils chantent en verlen, ils s'en gargarisent...").
Parrainé par Marcel Sauvage, je débute à la SN avec un roman fondateur, essentiel, mythique. En signe deux autres puis part aux Presses de la Cité où je publie mes mémoires, quelques polars documentaires et un dictionnaire. Je retrouve Roger Duchesne pour Melville. Je scénarise un peu partout. Je voyage. Je donne dans le réchauffé en Un Mystère, je cède aux sirènes de la facilité et je termine chez Gérard de Villiers.

Je suis le grand oublié du roman noir français. Trois bouquins en SN, dont le premier adapté par Melville. Je passe ensuite au Caribou pour un titre. Continue au Fleuve Noir Spécial Police. Je donne alors au genre une dizaine de romans forts, précis et implacables. Artisan méticuleux, je suis connu pour cisailler des récits intimistes sur le milieu, la truanderie et les destinées tragiques. Scénariste pour Michel Deville, Raoul Levy, Yves Boisset, Claude Chabrol, Bruno Gantillon, je disparais sans crier gare à l'orée des années 80.
Mon nom est...
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UPDATE : comme l'a dit POP9, il s'agit donc de
1 : Ange Bastiani, 2 : Auguste Lebreton et 3 : Pierre Lesou.
Pour causer anglosaxon branché, Ça Va Barder est, hands down, le meilleur Eddie Constantine qu'il m'ait été donné de voir, ever !... (et le premier guignolo qui me sort Alphaville se récolte illico presto mon poing dans la cerise.)Réalisé par l'américain John Berry, expatrié en France aux cotés de Jules Dassin pour cause de pressions Maccarthystes dans l'industrie cinématographique de son beau pays (rappelons que Berry réalisa en 51 le fameux The Hollywood Ten - ce n'est pas rien !), ce petit polar exotique, humoristique et sautillant est à mille lieux des navrantes adaptations de Peter Cheney par le sieur Borderie - des films attachants, certes (pensons à Dominique Wilms), mais bien mal foutus et au rythme... holala, ce rythme ! Un véritable carnage à faire ronquer n'importe quel hyper-actif en crise d'insomnie.Non, Ça Va Barder, c'est une tout autre soupe. Question rythme, voila une bobine qui a du répondant. Peu avare en rebondissements, mené à 300 à l'heure (ne possédant pas le permis, prenez mon avis avec des pincettes), le film enchaîne les situations à une cadence assez peu croyable, sacrifiant par là même un certaine lisibilité mais se rattrapant constamment via une mise en scène inventive et classieuse.
Berry, il n'y a pas à renauder, assure comme un chef. Le budget était certainement fort modeste (en témoignent les nombreux décors studio) mais la sublime photographie noir et blanc a des relents d'hollywood des années 40 et de savants travelings achèvent d'emballer l'affaire sur le plan formel. On est même pas très très loin d'un Bogart grande cuvée, type Le Port De L'Angoisse, mais rejoué à la française - c'est à dire dans la belle tradition du cinéma de quartier : du trivial et du grotesque, humour qui tache à tous les étages et concours de gouaille en pagaille.
Faut voir Roger Saget en homme d'affaire ventripotent ou Jean Carmet en buddy un peu niais de Constantine. Et c'est justement cette bouffonnerie populaire qui permet au beau Eddie de tirer son épingle du jeu.
Car, faut bien l'avouer, dans le registre dramatique, avec ce chansonnier castagneur importé, ça ne fonctionne jamais vraiment. Ça cloche, ça prend l'eau, ça bafouille. Ici, registre comique oblige, c'est du cousu main.
Constantine est merveilleux, toujours juste, souriant et nonchalant, et John Berry, prenant à revers le scénario stupide, cliché et brouillon qu'il a lui-même fourni, se lance dans un exercice de style assez étonnant. Il transforme Ça Va Barder, petit film tranquille et sans challenge, en un cartoon délirant, un live-action Merrie Melodies dont les multiples gamineries répondraient aux codes du polar d'époque.
Clou du spectacle forcement indigeste mais à l'enthousiasme communicatif, c'est la bagarre dans le bar à matelot (l'amateur de ciné bis y reconnaîtra Jess Hahn en marin ricain) et qui voit Eddie Constantine se transformer en un improbable Bugs Bunny des bas fonds, jouant de sales coups à une armoire-normande patibulaire, comptant les échanges de gnons sur une caisse enregistreuse et apostrophant les participants comme si il s'agissait d'un match de boxe - le tout grassement souligné par quelques fanfares guillerette, airs patriotiques, chutes de bombes et explosions, exacto comme dans un bon Chuck Jones.
Le reste est à l'avenant, maladroit (la bonne à tout faire vamp du dimanche, des reparties pas forcement bien senties) mais génereux, balourd mais rafraichissant - et surtout, toujours dechainé, joyeusement excessif et n'accusant aucune baisse de regime.
Ainsi, fort du charisme de son acteur principal en très grande forme et de quelques seconds rôles efficaces (dont un truand lanceur de couteux et jaloux de nature), Ça Va Barder se trouve gonflé à bloc, aussi parodique que référentiel (à une époque où, justement, l'on ne se connaissait pas vraiment de références), et se paye même le luxe, en une heure trente de spectacle, de s'afficher comme l'une des rares productions années 50 française à parfaitement capter l'esprit pulp US sans se défarder de ses sensibilités de terroir, à savoir l'amusante vulgarité du théâtre de boulevard et des numéros de cabaret d'après guerre.En somme, une réussite sur tous les tableaux qui ne fera ronchonner que ceux qui pensent bêtement qu'un bon film noir français est forcement une adaptation de David Goodis ou un scénario de José Giovanni.
LE TERRIBLE SECRET DE SONIA MARLOW, A. FAVIERESJACQUIER / LA LOUPE POLICIER # 38, 1955Petit interlude entre deux polars de choc et quelques fictions pour mec en ce mois de novembre noir, Le Terrible Secret de Sonia Marlow marque un nouveau rebondissement dans l'affaire concernant la mystérieuse identité du scribouillard excentrique Jan A. Rey, signataire aux éditions Jacquier de trois petits romans : La Momie Du Professeur Synistre, L'Horrible Dragon Invisible et Le Croque Mort Fantôme.Le lecteur attentif (coucou toi !) se rappellera que j'avais abordé l'étrange cas de cet auteur masqué en janvier de cette belle année 2009... sinon, ce n'est pas grave (sauf pour mon égo souffreteux), tout cela se trouve résumé ici-même, là, oui, là, il faut cliquer, oui oui.Mais une question, majeure, primordiale, essentielle, arrêtes-moi si j'en fais trop, demeurait : qui se cache, ou plutôt se cachait, cette affaire là date d'un poil de double quart de siècle, derrière le pseudonyme J.A. Rey des éditions Jacquier ?Ne cherches pas plus loin ! Le Terrible Secret de Sonia Marlow, récit policier foutrement alambiqué et ridiculement tortueux concernant le meurtre d'une slave artiste de cabaret le soir espionne le week-end, apporte semble-t-il un embryon de réponse et, après lecture et une fois le mal de crane dissipé (j'exagère, c'est un roman assez agréable dans l'ensemble), il ne reste qu'une certitude (qui est la mienne, que tu peux ne pas partager mais que je vais t'argumenter) : André Favieres et Jan A. Rey ne font qu'un !(Vous avez vu comment je ménage mes effets ? On dirait presque du André Favieres ! Quelle maitrise du clavier que j'ai !)Mais trêve d'auto-flagornerie, il est temps de te résumer en détail ce blot fichtrement emmouscaillé. Prépares tes chasses et fais chauffer ta boite à comprenette, je sors ma loupe pour analyser les indices !Premier point : le style d'écriture de Favieres dans Le Terrible Secret de Sonia Marlow est à l'identique de celui, très spécial et peu commun, de Rey. C'est atypique comme un fascicule des années 30, très imagé, souvent approximatif et surchargé de points de suspensions. On retrouve aussi les entêtes de chapitres, farfelues, bizarres, colorées. "Une nuit d'amour dans un cercueil" "La baraque aux hallucinations" "Les plantes qui rendent fou..." pour Rey, "Supplices chinois" "GP 13 reçoit une mission ultra secrète" "Alcaloïde de la noix vomique et Oxyde de magnésium" pour Favieres.Deuxième point : le décors. La série des "André Gérard" de Favieres (une dizaine de titres en Loupe Policier et Espionnage) se déroule principalement dans la ville de Nice et Jan A. Rey était, selon la quatrième de couverture de La Momie Du Professeur Synistre, un niçois d'adoption. Et si son premier roman mit en scène, sans la nommer, la ville de Lyon - probablement en clin d'œil aux éditions Jacquier - L'Horrible Dragon Invisible de Rey et Le Terrible Secret de Sonia Marlow de Favieres adoptèrent tout deux comme cadre principal la cote d'azur en entrainant leurs protagonistes dans les rues et les ports de Nice, Toulon et Marseille.
Troisième point : l'intrigue et ses valeurs ajoutées, puisque l'on retrouve le même penchant pour l'orientalisme mystérieux, l'exotisme bon marché à relent de péril jaune, de Fu Manchu, de sérial colonialiste des années 30 aussi bien chez Rey que chez Favieres - tout comme ce goût pour les scènes incongrues, improbables, pour les retournements de situations à l'infini, les histoires à tiroirs, échevelées, excessives, sans temps morts mais aux ficelles éculées.D'ailleurs, Le Terrible Secret de Sonia Marlow fonctionne comme un mélange des éléments majeurs de L'Horrible Dragon Invisible (un réseau d'espionnage insaisissable, des asiatiques en pagaille, des marins, une société secrète) et de La Momie du Professeur Synistre (un jeune homme amoureux - nommé André Bertrand, on est pas très loin du André Gérard de Favieres - et qui devient fou, un complot envers sa personne, des hallucinations macabres et sensuelles, une explication rationnelle mais improbable à la fin) - n'en jetons plus. Je dois oublier deux ou trois autres petites choses - et ce billet se fait bien longuet - mais l'essentiel est là.Si l'éditeur avait inscrit Jan A. Rey à la place de André Favieres sur la couverture du Terrible Secret de Sonia Marlow, non seulement je n'y aurai vu que du feu mais j'aurai même trouvé cela logique. Quant à une confirmation, n'y comptons pas trop. Favieres n'a jamais notifié Jan A. Rey comme l'un de ses pseudonymes. Étrange.Je préfère donc laisser aux lecteurs potentiels de Favieres et de Rey le choix du mot de la fin. Quant aux curieux, une petite discussion a lieu à ce sujet sur l'excellent forum A Propos De Litt'Pop'Assurément, un affaire à suivre !
Un peu de Mickey Spillane pour redresser la barre. Eh oui ! Il semblerait bien que la fiction de Robert Trenteudeu detective privé ne vous ai pas renversée bouleversée empoignée émotionnée commotionnée bref, passons, oublions, changeons d'air et donc, un peu de Spillane, disais-je car Spillane, c'est du solide, c'est du vendeur, ça va vous faire palpiter.
Je l'évoquais rapidement, ce grand malade de l'ultra-violence machiste désespérée et savamment marketée, dans mon billet du 2 novembre et j'en causerai bien entendu, et plus en profondeur, dans un prochain billet. Pour l'instant, concentrons-nous sur un top 3 des ses plus belles couvertures en Presses de la Cité, collection Un Mystere (et son éléphant trop mignon qui lit des livres de qualité avec sa trompe. J'aimerai bien être capable d'une telle prouesse !).

Roman fondateur du mythe Mike Hammer, J'aurai Ta Peau (ou I, The Jury en version originale) n'est finalement qu'un petit whodunit sans grande originalité et parfois même un peu poussif. Le style Spillane, flamboyant et misogyne, n'apparait qu'à la fin, dans une révélation strip-tease largement retranscrite par la couvrante (pompée, l'amateur l'aura remarqué, sur la version paperback américaine)."Tu as commencé seule, d'abord. Conséquence directe de ta profession et de ton tempérament. Oh, tu gagnais bien ta vie, mais cela ne te suffisait pas. Tu voulais de l'argent, beaucoup d'argent. Non pour le dépenser bêtement, mais pour l'avoir, simplement. Tu avais chaque jours l'occasion de sonder la fragilité des hommes, leurs vices et leurs faiblesses. Et tu avais peur. Tu avais complètement perdu l'instinct social de la femme, qui est de dépendre d'un homme. Et tu avais peur."
Pour moi, ces dix dernières pages sont un sommet inégalable de la littérature de gare. Ni plus ni moins. Bouffez tout le Manchette que vous voudrez, la dernière phrase de Fatale ne fera que précéder ce paragraphe de Spillane.
Quant aux deux autres couvertures, primo, je n'ai pas (encore) lu En Quatrième Vitesse (Kiss Me Deadly) et, secundo, Fallait Pas Commencer (Vengeance Is Mine) est très très bon, violent à souhait et sexuellement discutable. Un Spillane de haute volée donc mais bien que loin de valoir l'exceptionnel Dans Un Fauteuil (The Big Kill), qui représente, à mes yeux, le meilleur roman de l'auteur.
CALIBRE 38, VICTOR ROSEN
GALLIMARD / SERIE NOIRE, 1951
Récit documentaire légèrement romancé, Calibre 38 (A Gun In His Hand en V.O.), seul texte que je connaisse de Victor Rosen, s'attache à retracer la dernière année de Francis Crowley, dit Shorty, dit Frank les deux feux - en anglais, Frank Two-Gun Crowley - personnage, véridique, étonnant et légendaire des jours de gloire du banditisme américain moderne.
"C'était l'époque où Dutch Schultz, Vincent 'Chien Enragé' Coil, Legs Diamond et la bande d'Al Capone tenaient le haut du pavé. Les trottoirs de New-York, de Chicago, de Kansas City et de toutes les grandes villes américaines, étaient transformés en stand de tir à ciel ouvert, où les hauts seigneurs des bas-fonds liquidaient leurs querelles de préséances et leurs litiges d'opinion. On faisait supprimer un ennemi pour cinquante dollars et, moyennant un modeste supplément, on pouvait faire sceller son corps dans un bloc de ciment et l'immerger sous dix mètres d'eau."
C'était donc 1931. Mais si le syndicat du crime, la vieille mafia, le futur grand syndicat, tenait le haut du pavé, Two-Gun Frank ne faisait pas parti des affranchis. Ni chapeauté par un caïd de la sulfateuse, ni drivé par des ambitions financières dévorantes, Two-Gun n'était en réalité qu'un jeunot au tempérament particulièrement turbulent, une petite gouape à fière allure, vaguement homosexuel, et se prenant pour un gros dur des quartiers pauvres, vouant une haine sans commune mesure aux flics et à l'autorité, sous quelque forme quelle puisse prendre.
Demi-sel plutôt marle aux intentions résolument ferme, petit nerveux rossant aux coins des rues sombres du Bronx pédérastes aventureux, fillettes de petites vertus et gamins presque-pubères, tout cela pour arrondir l'agrément de ses fins de mois, le voila qui, tout juste âgé de 18 ans et se rêvant un avenir forcement grandiose de ténor médiatique du macadam, part en croisade de déssoudage des forces de l'ordre - bille en tête et sans trop réfléchir aux conséquences, exceptées celles liées aux premières pages des journaux à fort tirages, son but semblant être de devenir le criminel le plus connu des états-unis.
"Ce garçon, de toute évidence, était un oppositionnel. Il avait le goût du conflit sous toutes ses formes, se battait pour le plaisir de se battre et ne s'embarrassait pas de justifier ses querelles."
La suite est de notoriété publique. Ainsi, après le siège dramatique de son domicile New-Yorkais par des hordes flicards enragés, Crowley termina majestueusement sa courte carrière d'ange exterminateur, de Pierre Loutrel décadent et pas fini, sur la chaise à chauffer, la chaise électrique.
Représentation parfaite et intemporelle du petit criminel sanguinaire, du tueur déraisonnable en butte au système, Crowley servit d'ailleurs d'inspiration pour le personnage de James Cagney dans le White Heat (L'Enfer Est à Lui) de Raoul Walsh.
Quant à l'année de ses sanglantes exactions (1931), elle coïncide étrangement avec la sortie du Public Enemy (L'Ennemi Publique), un Cagney primordial, débutant par un avertissement affectant la fictivité du sujet et auquel on ne peut s'empêcher de penser en lisant Calibre 38.
"[Crowley] symbolisait son époque. Il était l'incarnation de cette Jeunesse Ardente qui eut Scott Fitzerald pour historiographe et qui se jetait à corps perdu dans le tourbillon dévorant de l'Ere du Gin et du Jazz. A la même époque, James Cagney révolutionnait les salles obscures en personnifiant, avec un réalisme brutal, le petit voyou impitoyable, ricanant, insolent, qui écrase un pamplemousse sur la figure de sa bien aimée et abat ses adversaires avec une désinvolture rageuse."
Comme document, sur la période, sur l'homme ou sur la truanderie en général, Calibre 38 est précieux, important, et même très appreciable - ni allons pas par quatre chemins !
Simple et dépouillée, bien que légèrement poussiéreuse, l'écriture de Rosen y est fort efficace et, excepté un final versant quelque peu dans un pathétique vaguement exagéré (mais aurait-il été possible de passer outre ?), l'auteur évite la plus part des écueils propre à ce type d'exercice.
Du solide, donc, sans grande originalité mais accompagnant parfaitement les fictions polardeuses US de la même période.

Le téléphone sonna alors que j'assommais le mec d'un swing carabiné. Il était sorti de derrière le rideau de ma buanderie portative et, exhibant un surin largement cradé par du raisiné de bicot, souriant de toutes ses ratiches chanstiquées meuringue jaune fluo par un abus de pipes faisandées, avait menacé par des gestes promptement énergiques de me dégorger la tranchée.
Ça sentait, je peux te le dire, le malfaisant pur jus, mais j'étais pas né de la dernière pluie. Le gars, je le voyais bien venir avec ses mouvements de tantouze en rut. Je le calculais même très bien, l'ahurit. Il poussait des petits cris de chinetoque énervé et agitait en tout sens son surin en vue de m'assaisonner à la sauce barbare.
Le père Trenteudeu, faut pas lui faire comprendre deux fois le sens de l'affaire. J'avais ma prise. Un coup de rein soutenu par la gambette droite et illico, je lui choppe le poignet droit, à l'autre enflé, je lui cambute un genou gauche dans les valseuses puis, d'une torsion savamment ajustée, je lui fait crier sa mère... et le reste de la famille qui va avec, s'entend.
Ça fait pas un pli.
Un petit bel-canto de castrat.
Sûr et certain que le meilleur de lui-même s'est perdu dans les méandres de la culotte de sa daronne le jour de l'entiflage. J'en refous tout de même une petite châtaigne sur la rotule pour la route, histoire de marquer le coup. Ça fait un vilain crac, l'os se déboîte et perce la peau en un slack sanguinolent. Le gustave commence alors à bonnir sévère, la greffe en mode haute définition, balançant des trucs que je me permettrais pas de te faire lire, même sur un blaugue, sous peine d'inculpation judiciaire. De toute façon, le gonze, je le rétame direct, le poing en allé sec vers le menton. Il me dit goodbye et, la trogne en marmelade, s'affale comme une carpette sur le plancher.
Et ce fut justement cet instant que le téléphone choisi pour me balancer sa désagréable stridence dans les cavités auditives.
Ce coup là, ça me rappellera toujours un mauvais bon polar, du genre Ed Lacy ou Harry Whittington. Faut toujours que ça débute par des télécommunications payantes. Saloperie d'abonnement ! Enfin... si c'est ça, mes affaires... et vu que Selma n'est pas dans le coin (Selma, c'est ma secrétaire - une belle brune, un ancien mannequin avec des bosses et des creux là où il faut, et même plus qu'il en faut là où il faut, bref, une pineupe coulée dans un moule désormais cassé, pas de chance pour toi mec - mais le mardi, pour Selma, c'est congé...) alors autant répondre.
Je décroche... t'attendais que ça, saligaud, hein ?... et à mon avis, t'as bien fait.
Je pressens du bien choucard. Le mec à l'autre bout du fil a l'air sacrement remué.
- Monsieur Trenteudeu ? qu'il gargouille, le loquedu, de sa voix de gagne-rouston. Robert Trenteudeu ? qu'il insiste.
- C'est moi.
(tu m'excuse, mais je fais dans le solennel. Faut soigner le personnage sinon, yaurait plus d'estime. Et sans estime, devine quoi : pas de galette ! Tout est dans la "publique relation", comme ils disent, les branchés d'outre-manche.)
- J'ai des informations importantes à vous transmettre, qu'il reprend, le hotu, de sa petite voix nasillarde. Il semblerait que votre mois thématique sur le Muller-Fokker ne remporte pas les suffrages espérés.
- Comment ça, moitié d'homme ? je lui lance, à l'autre enflé.
- Eh bien... (il semble tout penaud d'un coup, l'ordure) eh bien... eh bien... aux dernières nouvelles, personne n'aurait laissé de commentaire sur vos sujets. En réalité, monsieur Trenteudeu, il semblerait même que...
- Que quoi, que quoi ? Il te semblerait que quoi, espèce d'emmanché de la rondelle ? Vas-y, crache, nabot impuissant, crache la, ta saloperie !
- Eh bien... eh bien je crois... je crois qu'ils s'en foutent un peu, meussieur Trenteudeu.
- ... Ah... ah...
Sur le coup, je peux te le dire, ça m'a laissé légèrement vaseux. J'ai raccroché. L'autre gars, le premier, le revendicatif physique que j'avais bien mandalé au tout début de notre histoire, il était toujours étendu parterre, bras et gambettes en croix. Un sacré tableau. J'ai rapproché un fauteuil de l'oeuvre improvisée puis, après m'être lourdement affalé sur le coussin troué d'un ressort pas forcement désagréable, je me suis ouvert une petite carapils cinquante centilitres des familles. Eh oui, tu sais le Whisky, c'est devenu onéreux. 50 cents pour 5 degrés, désormais, ça fait mon affaire. Faut évoluer, mec. C'est Darwin qui l'a dit.
Bref, passée la première gorgée, je gamberge sec. Va falloir que j'assure.
Si je veux truster technorati...
Si je veux que google me verse mes 50 000 d'avances.... Va falloir assurer.
Et puis... qu'est-ce qu'il fout, sur mon sol, l'autre abruti ? Avec son masque de catch débile sur la gueule, pas de doute, il doit faire parti du gang de Filoute Loucoute.
Ah ! La race d'enflure ! Ceux la, je les note !
Mais j'ai d'autres moutons à tondre.
Muller Fokker. Mois de Novembre.
Voyons voir...
...
Ah mais oui ! Mais bien sur !
( à suivre )
OPTION SUR LA MORT, NEIL MACNEILBEAUTÉ FROIDE, JOHN B. WESTPRESSES INTERNATIONALES / INTERPOLICE CHOC, 1962J'ai mis un certain temps à le comprendre mais en matière de polar dur US années 50 et 60, il n'y a pas que la maison Gallimard et les Presses de la Cité. Le lecteur français doit aussi compter sur les petits éditeurs de basse qualité et qui à l'époque, par manque de moyens mais souhaitant rester compétitifs, importèrent une certaine quantité de yankee de seconde zone, des œuvrettes mineures, des morceaux de série oubliées, du n'importe quoi n'importe comment mais assez recommandable puisque symbolisant parfaitement le véritable esprit Pulpster américain : vite torché, très cliché mais foutrement bien foutu.Pour preuve, et en guise de mise en bouche au mois du novembre noir, deux publications des Presses Internationales - une maison d'éditions montée (semblerait-il) par le fameux André Martel - collection Inter-Police Choc, le format avec les jolies couvertures de Jacques Blondeau.Honneur aux moches, je débute par le moins enthousiasmant du lot, Option Sur La Mort (Death Takes An Option) de Neil McNeil, premier (et unique volume traduit en France) de la série des Tony Costaine et Bert McCall, duo de private investigators à la coule et à tarifs prohibitifs.Dans cet épisode (mais j'imagine que le schéma des intrigues de variait pas trop d'un volume à l'autre), ils sont chargés par une big huile super-riche de résoudre une affaire de gisement d'uranium magouillé par des truands de Las Vegas. Les 50 premières pages sont légèrement laborieuses, la faute à une intrigue qui tient plus de l'espionnage industriel que du polar de détective privé amateur d'alcools forts et de poulettes dévergondées mais la saveur du genre est tout de même bien présente, en témoigne le sacro-saint premier paragraphe du premier chapitre : "La femme de l'ascenseur était blonde, froide, belle et dangereuse. Tony Costaine percevait nettement le risque qui émanait d'elle. Cette impression aurait rebuté bien des hommes, mais, pour lui, elle ne faisait qu'ajouter du piment à cette rencontre."(ne jamais oublier ce que Spillane disait au sujet de la première page de texte d'un bouquin : c'est cette première page qui le fait vendre. Spillane s'y connaissait en vente : Je n'ai pas de fans. Je n'ai que des clients. Et le client est ton ami.)En témoigne aussi, je reprends, les compliments gentillement misogynes que nos héros assènent à leurs conquêtes féminines. "Il ne pouvait s'empêcher de la trouver particulièrement décorative," déclare l'auteur au sujet d'une poule à qui Tony Costaine propose la botte - c'est à dire un poste de secrétaire à son service exclusif.McNeil, dit J.D. Ballard, auteur classique de fiction pour mec, vétéran des jours heureux de Black Mask et artisan de centaines de bouquins d'aventures, principalement dans le polars et le western, suit scrupuleusement les règles du genre. Au bout de 100 pages, arrivés à Las Vegas pour s'occuper leur petite affaire à coups de poings et de flingots, Costaine et McCall deviennent attachants, prennent de faux airs des Frankie et Dino du Rat Pack. Piscine, Whisky, tables de jeu, Le bouquin verse alors entièrement dans le cool late-fifties/early sixties à la Richard S. Prather (voir la série des Scott, elle aussi publiée en Presses Internationales) et, une fois terminé, on se surprend même à regretter que Option Sur La Mort fusse le seul Neil MacNeil traduit en France. Aux états Unis, 6 autres suivirent. Inutile de préciser que, de par ici, l'on en verra jamais la couleur...
Bien moins cool mais foutrement plus punchy, plus dur, plus sanguinolent, plus efficace aussi, bref, plus Spillanien, c'est Beauté Froide (A Taste For Blood) de John B. West, un drôle d'auteur au parcours atypique pour un roman faisant partie d'une série hardboiled de détective privé totalisant 6 volumes aux US entre 59 et 61 (et un seul traduit en france...)
Le détective en question s'appelle Rocky Steele - ancien commando en Corée, ancien boxeur, baroudeur, tête brulée et véritable succédané de Mike Hammer.Steele vit dans un New-York interlope, dur et pluvieux. Il possède un calibre 45 qu'il prénomme Betsy et avec lequel il cartonne sans ménagement des petits truands, il nargue à longueur de temps le district attorney véreux du coin et entretient avec la secrétaire moulée au format pineupe hollywoodienne qu'il a embauché pour répondre à son bigophone des rapports platoniques très poussés destinés à faire baver de jalousie le cochon de client.Bien entendu, le meilleur ami de Rocky Steele est le seul inspecteur de police honnête de la ville et ensemble, ils règlent des affaires de corruption dans lesquelles mouillent les riches et les puissants.Bien entendu, (spoiler ?) le coupable est une femme mais, avant de la démasquer et de la punir/coffrer/tuer, Rocky Steele la couche dans son lit pour une détonante nuit de folie.Un petit passage pour le plaisir, car c'est aussi ça le charme du polar US de l'époque : la scène sexy désuette."Lorsqu'elle eu posé son verre, elle entrouvrit son déshabillé et peu à peu, le peignoir glissa sur ses épaules et retomba sur le sofa. Ma température montait à la vitesse d'une fusée en route pour la lune.
- Tu n'as pas chaud, Rocky ? soupira-t-elle. On étouffe ici.
Effectivement, j'avais chaud. L'ambiance de la pièce n'y était pour rien. Elle s'approcha de moi, m'enleva ma veste et la posa sur une chaise. Puis, tranquillement, elle dégrafa mon holster et posa Betsy sur le veston. Ses longs doigts se mirent à parcourir mes bras, s'arrêtant sur les muscles, les palpant.
- C'est de l'acier, roucoula-t-elle.
Croyez-moi sur parole, elle savait de quoi elle parlait ! Elle approcha son beau visage du mien. Sa lourde chevelure brune retomba en cascade sur ses épaules. Pas un homme n'aurait pu lui résister. D'ailleurs, je n'avais pas envie de le faire. Je la pris dans mes bras et l'emportai vers la chambre."
Le tout est (vous venez de le vérifier) écrit dans le style tapageur de Spillane, en plus léger et moins désespéré - un peu plus naïf et sautillant d'ailleurs que les Mike Hammer, dont les derniers tiers, invariablement, plombent l'ambiance et le lecteur par une noirceur catégorique et péremptoire.
Beauté Froide est donc sans surprise, mais 100% recommandable (alors que le Neil MacNeil n'est en fait recommandé par mes services qu'à 56%) et surtout doté d'un paragraphe final surprenamment poétique ("Je courais après un homme grand et maigre, dans la neige, au bord d'un fleuve où toute une cohorte de cadavres glissaient au fil de l'eau.") qui, enfermant le récit entre deux songes, achève de donner au livre la touche spéciale et attachante des curiosités joliment usinées du polar de gare machiste.


Novembre, sur le Muller-Fokker Pulpbot Effect, c'est le mois thématique.
L'année dernière, novembre était "le mois du membre", 100% porno routard et vulgaire. Cette année, novembre est le mois du noir, du polar, du hardboiled et du roman d'action pour mec. Je vais essayer d'assurer, le programme est chargé : il faudra causer des américains énervés, des producteurs français de fascicules à la chaine, des petits maitres injustement oubliés, de cinéma noir, d'Eddie Constantine, d'Henry Silva, de Peter Rabe, de séries noires, de détectives privés, de filous, d'arnaqueurs, de Pierre Vial Lesou, de Frank Gruber et de pas mal d'autres choses.
On verra bien si ça tient...