GARE AUX GUENILLES !

L'OTAN C'EST DE L'ARGENT, MARK BANON
LE CRABE / ESPIONNAGE # 7, 1967 ?

Que des nazis, réfugiés au Pérou, s'amusent à fabriquer de la fausse mornifle, c'est classique. Avec ces gens-là, il n'existe pas trente-six mille possibilités d'intrigue. C'est ça ou le rayon de la mort.
Que l'auteur, publié dans une collection de troisième ordre, écrive comme un pied, encore une fois, c'est naturel. Ça fait tout le charme de cette littérature-là. En quelque sorte, c'est du cinoche de quartier, 100 % fauché, et retranscrit sur papier.
Mais que le héros, Martin Thibault, super espion de la C.I.A. immatriculé agent X.22, arbore une calvitie avancée et porte des frusques d'occasion, vestons fripés et pantalons tire-bouchonnés, voila qui a de quoi surprendre le lecteur chevronné.
Je m'explique. Un espion, normalement, c'est un grand type musclé avec un visage de 'prince pirate', menton volontaire, mâchoire carrée, regard d'acier, et doté d'une garde robe griffée chez les plus grands couturiers.
X.22, lui, s'habille aux puces et tire une trogne de professeur des écoles... ce qui ne l’empêche pas, penses-tu !, d'emballer une sacrée ration de poulettes.
Car l'homme est un chaud lapin, il enchaîne les nistonnes comme d'autres les ballons de pinards et les rondelles de sifflard à l'heure du ricard. Y'a pas à dire, ça change de ce mollasson d'Hubert Bonisseur de la Bath ou de Francis Coplan, ce suprême inactif du plumard.
X.22 débute donc avec la belle Mercédès (qui, la pauvre, crèvera peu après - percutée par un rocher, elle chute dans le vide), continue avec ravissante Conchita  (prostituée sentimentale qui se révélera en fait être une traîtresse nymphomaniaque de première) puis se met à la colle avec la sculpturale Diana, espionne adverse aux saillances ananesques proprement explosives.
Coté action, notre héros ne chôme pas non plus. Et pourtant, ce n'était pas gagné d'avance.
D'abord, parce que le premier tiers du bouquin ronfle sans grande folichonerie.
Ensuite, parce que l'auteur, camouflé sous le pseudonyme de Mark Banon, n'est autre que Charles Ewald, alias ce satané barbu de Martin Meroy.
Mais voila, les guenilles cachent parfois de chouettes morcifs, et ce fut là une surprise. Les récits d'action de Banon sont diantrement plus marrant à ligoter que les enquêtes de Meroy. Et même si Ewald met un peu plus de 50 pages pour faire bouillonner sa tambouille, force est d'avouer qu'une fois lancé, il ne déçoit pas nos (maigres) attentes.
X.22 traque des nazis, tombe dans des traquenards, se fait électrocuter les joyeuses puis s'échappe en appâtant sexuellement son geôlier, une saleté d'aryen homosexuel.
"Bon Dieu, quelle expérience, grommela-t-il. Voila maintenant qu'il faut faire du plat à ces types-là !"
Pendant ce temps, le KARTEL, cette "monstrueuse toile d'araignée tissée sur le monde" et dont le fonctionnement rappelle celui de l'HYDRA des comic-books de la Marvel, manoeuvre dans l'ombre. X.22, de son coté, carbure aux piquouses énergétiques, afin de tenir le coup... d'autant que les nénettes se bousculent à son chevet puis, vite, vite, à 30 pages de la fin du bouquin, tout le monde se retrouve, pour faire la java dans la base secrète des méchants nazis.
Explosions, fusillades et hop, emballé, c'est pesé. Enjeux simplistes, formules naïves, volonté d'émuler les succès cinématographiques de l'époque - James Bond en tête, c'est du tout bon, parfait pour faire goder les fanatiques de cet espionnage au rabais qui se conçoit comme un parc d'attraction aux animations en pâte à carton.
Et même si le héros n'a rien d'un apollon de série, même si les nazis ne possèdent pas de rayons lasers et même si l'auteur mégote sur certains passages, vraiment, pour si peu...
...faudrait voir à ne pas snobiner !

2 commentaires:

Franck Jammes a dit…

Kartel était aussi le nom de l'organisation qu'affrontait Robert Conrad dans Sloane, agent spécial - autre joyaux de l'espionnage télévisuel au rabais.

ROBO32.EXE a dit…

Houla, je ne connaissais pas du tout cette série télé mais... ouais... ça a l'air d'être solidement "au rabais" ;-)
(déjà, produire une série d'espionnage à la 'man from uncle' en 1979... quelle idée idiote !)