MAUDITE MÉPHISTA

MÉPHISTA, MAURICE LIMAT, FLEUVE NOIR ANGOISSE # 166, 1969

Une série télévisée intitulée Les Vampires de Paris, une mystérieuse femme fatale surnommée Méphista... «Cela évoque les vieux romans populaires...» annonce un protagoniste.
Mieux qu'un clin d'oeil, c'est un aveux. Maurice Limat fait ses courses chez Arthur Bernède. Et salut Belphégor ! Lui qui n'a jamais caché son penchant pour le romanesque à l'ancienne signe ici un hommage appuyé aux feuilletons de papier doublé d'une tentative d'en actualiser les formes.
La première cible est cochée haut la main. La seconde, pourtant loin de constituer une gageure (Francis Lacassin défrichait déjà le champs des possibles, l'ORTF l'arpentait grassement), la seconde pose problème.
Et pourtant, les idées sont belles... une actrice de cinéma qui, pendant un tournage, tombe en catalepsie, libérant son double maléfique et massacrant ses admirateurs « parce qu'ils sont l'amour..., parce que je suis la haine..., parce que je suis la mort...» ; c'est intéressant - un double maléfique qui se sustente des fictions dans lesquelles il apparaît, qui combine projections cinématographiques et fantasmatiques sur une poupée de cire enchantée ; c'est fascinant - mais Maurice Limat manque nettement d'acuité.
Lui qui a tant versé dans les courriers du coeur peine à cerner les aspérités nécessaires à l'élaboration d'angoisses modernes. Il confond troubles bipolaires et manichéisme. En des mains plus avisées, Méphista aurait constituée un puissant véhicule hypnotique, où pop culture et psychanalyse s'interpénétreraient. En l'état, sa romance est une surface sans surprise, déjà ringarde l'année de sa publication.
Reste néanmoins un récit fantastique extrêmement naïf, parfaitement rythmé, qui distrait sans jamais sortir de la trajectoire que ses archétypes lui imposent.
On s'en consolera aisément.
Pour un auteur comme Maurice Limat, jamais génial, souvent médiocre, c'est déjà pas mal.

1 commentaire:

Frédérick a dit…

J'ai toute la série ici, mais je ne l'ai pas encore lue (air connu), ayant décidé de relever le défi (absurde) de lire les Limat "Angoisse" en ordre chronologique. J'ai aimé certains ("Crucifie le hibou" ou "Batelier de la nuit", récits minimalistes, mais dont l'écriture à l'ancienne sert l'atmosphère de manière agréable).

D'autres, cependant, sont assez pénibles ("Créature des ténèbres").

Sinon, devine quoi, j'ai osé lire "Un monstre va naître" en me disant que ça ne pouvait pas être aussi pire que tu l'affirmais.

Malheureusement, c'était le cas...!